Pendant longtemps, les habitants d'immeubles ont été les grands oubliés de la voiture électrique. Installer une prise dans un parking commun supposait de convaincre les autres copropriétaires, de financer seul des travaux importants ou d'attendre des années un vote favorable.
Le cadre a beaucoup évolué. Le droit à la prise, renforcé par la loi d'orientation des mobilités de 2019, permet aujourd'hui à chacun d'obtenir une solution de recharge sur sa place, et des aides financent une partie de l'équipement collectif de l'immeuble.
Le droit à la prise : ce que dit la loi
Si vous n'avez pas encore choisi votre voiture, notre guide pour bien choisir sa voiture électrique vous aidera à dimensionner la batterie selon cette possibilité de recharge. Le droit à la prise s'applique à toute personne qui occupe une place de stationnement privée et clairement délimitée, dans un parking clos ou couvert, ou même en extérieur selon les situations :
- le copropriétaire de la place ;
- le locataire, avec l'accord du propriétaire qui ne peut pas le refuser sans motif légitime ;
- l'occupant de bonne foi.
Le principe : l'occupant peut faire installer, à ses frais, un point de recharge pour son usage personnel, avec un système de comptage de sa consommation.
La procédure
- Informer le syndic (et le propriétaire si vous êtes locataire) par lettre recommandée avec accusé de réception, en joignant une description détaillée des travaux, un plan technique et un schéma de l'installation.
- Le syndic inscrit la question à l'ordre du jour de la prochaine assemblée générale, pour information.
- Le syndic dispose de trois mois pour saisir le tribunal s'il estime avoir un motif sérieux et légitime de s'opposer aux travaux. Sans saisine dans ce délai, vous pouvez faire réaliser l'installation.
Les motifs légitimes sont limités : l'existence d'une installation collective déjà votée ou prévue, ou une impossibilité technique avérée, par exemple.
Les solutions techniques
Solution 1 : l'installation individuelle
Un électricien relie votre place à une source d'électricité :
- soit à votre propre compteur, situé dans le logement ou dans une gaine technique, si la distance et le passage de câble le permettent ;
- soit aux services généraux de l'immeuble, avec un sous-compteur qui permet de refacturer votre consommation.
Comme pour une maison, la puissance et le type de borne se choisissent selon vos trajets : voir notre guide de la borne de recharge à domicile. C'est rapide à mettre en œuvre, mais le coût peut être élevé si le parking est loin du compteur, et la multiplication des installations individuelles finit par poser problème quand plusieurs habitants s'équipent.
Solution 2 : l'infrastructure collective
L'immeuble fait installer une infrastructure collective : une colonne électrique horizontale qui dessert l'ensemble du parking et permet ensuite à chaque occupant de faire poser sa borne individuelle, raccordée à cette infrastructure.
Trois modèles existent :
- l'infrastructure financée par la copropriété, votée en assemblée générale ;
- l'infrastructure financée par un opérateur, qui se rémunère ensuite auprès des utilisateurs (abonnement, frais de raccordement) ;
- l'infrastructure prise en charge par le gestionnaire du réseau de distribution, dans certaines conditions, avec une contribution des utilisateurs qui se raccordent.
L'avantage de la solution collective est qu'elle prépare l'avenir : chaque nouvel utilisateur se raccorde simplement, sans travaux lourds.
Le vote en assemblée générale
Les travaux d'installation d'une infrastructure collective se votent en assemblée générale, à la majorité prévue par la loi pour ces travaux (majorité simple des voix exprimées pour la plupart des projets). Préparez le dossier en amont : devis, plan, aides mobilisables, modèle de répartition des coûts.

Les aides en 2026 : le programme Advenir
Le programme Advenir, porté par l'Avere-France et financé par les certificats d'économies d'énergie, a revalorisé ses primes pour le résidentiel collectif le 1er avril 2026. D'après les informations publiées à cette date :
| Type de travaux | Taux | Plafond indicatif |
|---|---|---|
| Infrastructure collective (immeuble jusqu'à 100 places) | 50 % | 12 500 € HT par immeuble, majoré par place au-delà |
| Travaux spécifiques en parking extérieur | — | jusqu'à 8 000 € |
| Point de recharge individuel en copropriété | 50 % | 1 000 € HT |
Le programme doit s'arrêter au 31 décembre 2027 : les projets doivent être engagés avant cette date. Les maisons individuelles ne sont plus éligibles. Vérifiez les montants et conditions à jour sur le site du programme, car ils peuvent évoluer.
Les dossiers sont généralement déposés par l'installateur, qui doit être qualifié IRVE et labellisé par le programme.
Combien ça coûte ?
Sans aide, une installation individuelle en parking souterrain coûte souvent entre 1 000 et 2 500 € selon la distance au compteur. Avec une infrastructure collective en place, le raccordement d'une borne individuelle revient généralement moins cher.
Les coûts de fonctionnement dépendent du modèle : consommation refacturée au prix du kWh, éventuel abonnement à l'opérateur, maintenance. Comparez le coût annuel total, et non seulement le prix d'installation. Pour estimer la dépense d'électricité, voir notre calcul du coût d'une recharge.
Locataire : vos droits
Le locataire bénéficie du droit à la prise. Il informe son propriétaire, qui ne peut pas s'y opposer sans motif légitime, puis le syndic. L'installation reste à ses frais, sauf accord différent avec le propriétaire. À son départ, l'équipement reste en place, sauf accord contraire.
Les étapes, dans l'ordre
- Vérifier si l'immeuble a déjà un projet collectif en cours.
- Demander au syndic les plans du parking et la localisation des compteurs.
- Faire établir deux devis par des installateurs qualifiés IRVE.
- Envoyer la notification au syndic avec le dossier technique.
- Attendre le délai de trois mois sans opposition.
- Faire réaliser les travaux et conserver l'attestation de conformité.
Si plusieurs voisins sont intéressés, la solution collective est souvent plus avantageuse : rassemblez-vous et demandez l'inscription du projet à l'ordre du jour de l'assemblée générale.
Préparer un dossier solide
Que vous choisissiez la voie individuelle ou collective, la qualité du dossier fait souvent la différence. Un syndic ou un conseil syndical qui reçoit un projet clair, chiffré et conforme a peu de raisons de le freiner.
Les pièces à réunir
- La description des travaux : emplacement de la borne, puissance, type d'appareil, mode de comptage.
- Le plan du parking avec le cheminement du câble, depuis le compteur ou le tableau des services généraux jusqu'à la place.
- Le schéma électrique de l'installation, fourni par l'installateur.
- L'attestation de qualification IRVE de l'entreprise.
- Une attestation d'assurance de l'installateur (responsabilité civile et décennale).
- Le mode de refacturation de l'électricité, si l'installation est raccordée aux services généraux.

Rassembler les voisins
Avant de vous lancer seul, posez la question à vos voisins : un mot dans le hall, un message sur le groupe de l'immeuble, une question au conseil syndical. S'ils sont trois ou quatre à envisager une voiture électrique dans les années à venir, l'infrastructure collective devient souvent plus intéressante pour tout le monde, d'autant qu'elle valorise les places de parking et facilite la vente ou la location des logements.
Le conseil syndical peut demander au syndic de faire réaliser une étude de faisabilité par un bureau d'études ou un installateur, pour présenter en assemblée générale un projet concret, avec plusieurs devis et le montant des aides mobilisables.
Bien répartir les coûts
La répartition des coûts est souvent le point qui bloque. Plusieurs logiques sont possibles :
- l'infrastructure commune est financée par tous les copropriétaires, au prorata des tantièmes, car elle valorise l'ensemble de l'immeuble ;
- elle est financée par les seuls utilisateurs, qui remboursent ensuite une partie à chaque nouveau raccordement ;
- elle est financée par un opérateur, qui se rémunère par un abonnement mensuel.
Aucune solution n'est parfaite : présentez-les clairement en assemblée générale, avec le coût par lot ou par utilisateur, pour que chacun vote en connaissance de cause.
Questions fréquentes
Le syndic peut-il m'imposer un opérateur ?
Si une infrastructure collective a été votée avec un opérateur, vous devrez en principe vous raccorder à celle-ci. En l'absence de projet collectif, vous choisissez votre installateur.
Ma place est en extérieur : ai-je droit à la prise ?
Le droit à la prise vise les places privatives délimitées. Pour une place extérieure, les travaux sont souvent plus coûteux (tranchées). Les primes Advenir prévoient un plafond spécifique pour ces travaux.
Combien de temps faut-il compter ?
Entre la notification et la mise en service, comptez généralement quatre à six mois en solution individuelle, davantage pour une infrastructure collective qui suppose un vote en assemblée générale.
Que se passe-t-il si je vends mon appartement ?
L'équipement installé sur votre place reste attaché au lot, sauf accord contraire avec l'acheteur. Une place déjà équipée d'un point de recharge est un argument de vente, surtout dans les villes où la voiture électrique se développe vite. Pensez à transmettre l'attestation de conformité, la notice de la borne et, le cas échéant, le contrat avec l'opérateur de l'infrastructure collective.
Qui paie l'électricité consommée ?
L'utilisateur de la borne, toujours. Si la borne est raccordée à son propre compteur, la consommation figure sur sa facture. Si elle est raccordée aux services généraux, un sous-compteur mesure l'énergie, refacturée par le syndic. Avec un opérateur, la consommation est facturée directement par celui-ci, souvent avec un abonnement mensuel.
Puis-je recharger sur une prise existante du parking ?
Non, sans accord de la copropriété : l'électricité des parties communes est payée par tous. Une prise ordinaire n'est de toute façon pas adaptée à une recharge prolongée.
En résumé
En copropriété, le droit à la prise vous permet d'installer une recharge après information du syndic, qui n'a que trois mois pour s'y opposer pour un motif sérieux. Si plusieurs habitants sont intéressés, une infrastructure collective aidée par le programme Advenir, jusqu'à fin 2027, est souvent la meilleure solution. Notre dossier pour l'assemblée générale contient les modèles de courrier, la liste des pièces et une grille pour comparer les offres.
Sources et références
- Programme Advenir (Avere-France) — advenir.mobi
- Avere-France, association de la mobilité électrique — www.avere-france.org



